OMAN, L'AUTRE GOLFE

  • October 4, 2021

[Face à une vision du Golfe se limitant à quelques grands traits et essentiellement à deux Etats internationalement visibles, la diversité et la richesse plurielle de cette vaste région mérite d’être soulignée. Ainsi, alors que l’attention est braquée en ce mois d'octobre 2021 sur L’Expo Dubai 2020, nous proposons de tourner nos regards vers le Sultanat d’Oman, pôle d’intérêt politique, culturel et économique. Et s’il ne fallait retenir que le volet commercial, nous dirions qu’il fait sens de ne pas se contenter d’aller là où tout le monde va.]

(Rivages du sud d'Oman -photo DevStrat)

OMAN, L'AUTRE GOLFE

Le Sultanat d’Oman occupe au sein des pays du Golfe une place particulière. Si elle ne lui est pas uniquement conférée par sa position géographique, celle-ci mérite d’être rappelée : à la pointe est de la péninsule arabique, ouvrant depuis le détroit d’Ormuz par le Golfe d’Oman face à l’Iran au nord et au sous-continent indien à l’est, avec pour voisins les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Yemen. Pas uniquement non plus par la richesse et la diversité de ses paysages, de ses eaux, de ses montagnes découpées fascinantes, de son agriculture ou de son climat, qui permet au sud de voir manguiers et bananiers produire à profusion, tandis que plus à l’intérieur dans la région du Dhofar les arbres à encens ploient sous le vent des plateaux et offrent leur précieuse résine. Tout cela suffirait.

Mais rarement, et dans cette région du Golfe de manière marquée, rarement cet emprunt à la pensée de Jean Bodin (1530-1593) passée à la postérité n’aura été aussi vrai : « il n’est de richesse que d’hommes ».

La conviction m’en vint, à titre personnel, à partir d’un vécu ; il fut prolongé dans le temps par l’observation des faits politiques et sociaux. Ma rencontre avec l’Oman débuta en 1975. A l’époque, le jeune Sultan Qabus bin Saïd avait accédé au pouvoir cinq ans plus tôt et engagé une série de réformes qui visaient à moderniser le pays. L’éducation, la culture et la santé occupaient dans ce processus une place prééminente. Ainsi me fut-il donné à l’âge de 15 ans de visiter autant  de nouvelles écoles, autant d’hôpitaux que de lieux culturels et patrimoniaux. L’humain, son développement personnel, l’horizon du devenir de la communauté sociale omanaise étaient au centre du projet. Il fallait pour ce faire un vouloir. Mais celui-ci ne pouvait réussir que parce ce que le substrat était fertile.

(L'Opéra Royal de Mascate -photo DevStrat)

Ce substrat est constitué par la société omanaise elle-même. Loin de moi l’idée de l’idéaliser, mais elle est, au même titre que la géographie physique du pays, exceptionnelle et se distingue dans la région.

La modernité du Sultanat d’Oman ne tient pas à une course effrénée au plus grand. Elle s’est appuyée sur la progression des conditions sociales, plutôt que sur la rupture et une course sans fin vers le toujours plus. La population nationale omanaise, femmes et hommes, œuvre activement dans tous les secteurs et métiers qui font la vie économique d’un pays, du petit commerçant, à l’industrie et l’entrepreneuriat, en passant par l’agriculture. Existe-t-il une forte immigration ? Bien sûr, et sa proportion augmente ; mais la vie économique du pays n’est pas essentiellement déléguée, ni des pans entiers de l’activité professionnelle délaissés par les Omanais.

(Informations, "L'Université Sultan Qabous organise la quatrième session régionale de formation aux politiques commerciales" -télévision omanaise)

Enfin, et même si cela ne se mesure guère dans les études économiques, la qualité des relations humaines, de l’ouverture à l’Autre sont parfaitement perceptibles.

Dans cette brève note, j’évoquerai les aspects politiques « simplement »  pour souligner le caractère distinctif d’Oman. Il est porteur d’une tradition musulmane ouverte, d’une volonté non démentie par la succession encore récente du Sultan Haitham Bin Tarek Al-Said de privilégier le dialogue et la médiation plutôt que le conflit, que ce soit aux plans régional ou  international.

(Mascate, un urbanisme encore raisonnable, entre escarpements et Golfe d'Oman -photo DevStrat)

Nous venons en cette fin septembre 2021 d’accueillir au Luxembourg l’Ambassadeur d’Oman en poste à La Haye, S.E. Dr. Abdullah bin Salim bin Hamed Al Harthi,  à l’occasion de la présentation de ses lettres de créance. Avec quelques autres entreprises, nous avons eu une brève rencontre, que j’ai souhaité ici prolonger. A l’instar de l’Ambassadeur, je suis convaincu –et de longue date- de l’intérêt de développer les relations avec son pays. Si celui-ci ne dispose pas de la plus grande richesse pétrolière, le Sultanat d’Oman est, en revanche, un partenaire exceptionnel à bien des égards, un partenaire qui compte et doit compter, politiquement, culturellement et économiquement.

A cet égard, des secteurs innovants méritent d’être explorés. On pensera, notamment, aux énergies renouvelables. En ce domaine, différents facteurs sont à prendre en compte : données géographiques et structurelles du pays, tissu économique et démographie, implantations territoriale, industrielle et commerciale, projets de développement en cours et à venir… Les aspects environnementaux sont cruciaux dans un pays où la croissance ne pourrait sans dommage ignorer l’importance de préserver la qualité des éco-systèmes, facteurs de richesse –qu’elle soit agricole ou touristique-  et les vertus d’un urbanisme maîtrisé. Ce ne sont pas les seuls secteurs et les marchés publics constituent, en outre, une entrée à considérer. En ce point plus encore qu’en d’autres, la formation de partenariats locaux est un levier sur lequel miser.

(Une modernité alimentée par l'histoire commerciale locale et régionale -photo DevStrat)

Nécessité et volonté de développement économique pour l’Oman, qualités intrinsèques et stabilité du pays constituent des facteurs d’attractivité à considérer pour les entreprises étrangères qui entendent investir dans la région, donc s’investir. C’est un horizon que j’ai voulu appeler  « l’autre Golfe », vers lequel nous pourrions leur conseiller de se tourner.

Michel GUERIN-JABBOUR
Managing Director
DEVSTRAT, Luxembourg

DEVSTRAT est un bureau dédié au développement international des PME spécialisé dans les relations entre UE et pays du Golfe. L’offre de services va de l’analyse en amont à l’accompagnement de projet aux côtés des équipes managériales. L’engagement de partenariats avec des entreprises locales et le suivi sont des leviers sur lequel il propose d’agir en faveur des entreprises clientes.

Contact : adm[at]devstrat.eu

(Oman, plateaux arides, culture de l'arbre à encens -photo DevStrat)